Projet d’Édition Peirce (UQÀM)

Projet d’Édition Peirce, Université du Québec à Montréal

Depuis oct. 2005 · Montréal

Co-conception & co-développement d’une plateforme d’édition électronique pour la production du volume 7 des œuvres complètes du philosophe américain Charles S. Peirce. Le projet, sous la direction du professeur François Latraverse, est conduit par le Groupe de recherche Peirce-Wittgenstein du département de philosophie et du programme de doctorat en sémiologie de l’UQÀM, en collaboration avec le Peirce Edition Project (Iupui) et avec l’appui du Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada

An apple pie is desired.
—C. S. Peirce, CP 3.341, c. 1895

L’élaboration de la plateforme d’édition du PÉP-UQÀM repose sur deux principes pragmatiques, eux-mêmes issus des réflexions théoriques menées au sein du Groupe de recherche Peirce-Wittgenstein. Le premier de ces principes consiste à partir du besoin, non de la solution. Autrement dit, le choix des solutions technologiques dépend des besoins réels du projet; on ne plie pas un projet pour le faire tenir dans un dispositif qui lui est étranger. L’orientation par anticipation vers telle ou telle technologie, élaborée à partir de l’expérience et des savoirs-faire accumulés, doit s’accorder dynamiquement aux contraintes locales du projet, et toujours rester la plus ouverte possible. Le second principe consiste à toujours favoriser l’appropriation des outils par les usagers. La tendance de l’industrie informatique à développer des techniques permettant une meilleure communication entre les machines ne doit pas nous conduire à nous prendre nous-mêmes pour des machines. Il faut penser les outils selon un modèle qui met l’usager au centre du jeu, et placer les processus coercitifs de normalisation en sortie, non en entrée.

Laß uns menschlich sein.
L. Wittgenstein, Vermischte Bemerkungen, 1937[30]


La plate-forme d’édition du PÉP-UQÀM se compose de trois modules reliés dynamiquement les uns aux autres, selon un processus en flux tendu. Toutes les interfaces de la plate-forme sont directement accessibles en ligne, depuis n’importe quel ordinateur relié à Internet et via n’importe quel navigateur standard. L’usager doit simplement s’authentifier à la connexion. Côté serveur, la suite classique des applications Web, toutes gratuites et ouvertes (Apache/PHP/MySQL), est installée sur un système d’exploitation de type Unix (Mac OS X), mais pourrait être installée sur n’importe quel autre système (Unix, Linux, Windows, etc.).

Module de saisie

Toutes les données relatives aux documents utilisés dans le projet sont saisies et enregistrées dans une base de données relationnelle (SQL). Le texte lui-même de chaque document de référence est balisé dès la saisie par le transcripteur, dans une grammaire extrêmement simple et facile d’emploi. Fidèle au principe fondamental du XML (eXtensible Markup Language), l’usager a la liberté, et la responsabilité, d’inventer de nouvelles balises si celles qui sont disponibles ne conviennent pas aux cas de figure rencontrés. La méthode de balisage est ainsi élaborée au fur et à mesure de l’ouvrage, par la communauté des usagers. Deux règles seulement sont imposées: ne perdre aucune information; rester cohérent avec soi-même.
Parallèlement à l’élaboration de cette méthode de balisage XML simplifiée, une série de processus de transformations (XSLT), automatisés et opérant selon les normes et les standards de l’industrie informatique, est branchée en sortie sur les documents. La structure du texte saisi est de cette façon adaptée dynamiquement aux exigences formelles liées au projet, sans pour autant contraindre l’usager à modifier sa pratique habituelle. Tout document peut ainsi, par exemple, être exporté dans un format XML compatible avec la norme internationale TEI, très complexe, alors qu’il a d’abord été saisi de manière simple, intuitive et rapide.

Le document est ensuite enrichi d’un certain nombre de métadonnées: dates, contexte, liens connexes, notes et commentaires, catégories, mots-clefs, etc. Il est en outre intégré dans un processus éditorial rigoureux: toutes les modifications sont journalisées; les décisions éditoriales sont prises seulement par les personnes autorisées; et il est toujours possible de consulter l’historique d’un document ou de connaître son statut au sein du processus global de validation.

Module de montage

Une fois saisis et structurés, les documents sont montés ensemble pour constituer les entrées définitives. Le contenu de chaque document peut être importé dans le corps de l’entrée, automatiquement accompagné de sa référence de manière à conserver le lien avec la saisie initiale. L’entrée peut également être enrichie de notes éditoriales, ou de commentaires internes liés au montage.

Module de mise en page

Chaque fois qu’une entrée est enregistrée, une nouvelle série de transformations est appliquée en sortie pour générer une structure XML compatible avec l’application finale de mise en page (Adobe InDesign). Ces fichiers XML sont importés dans la maquette graphique, et automatiquement mis à jour lorsqu’ils sont modifiés via l’interface de montage. Aucune référence n’est perdue: il est toujours possible, jusque dans la maquette, d’identifier la date de montage d’une entrée, l’auteur de la saisie, la source du document, etc. Les images présentes dans le texte sont automatiquement repérées et affichées correctement. Les formules et les schémas, de même, sont dynamiquement générés (via TeX) au format vectoriel PostScript et intégrés dans la maquette. Le metteur en page peut ainsi travailler à ses réglages typographiques sans avoir à se soucier du contenu propre à chaque entrée.

À partir d’InDesign, le volume est finalement exporté au format PDF, puis imprimé.


Excepté le logiciel professionnel de mise en page (Adobe Indesign), imposé par l’industrie, l’intégralité des applications et des technologies mises en œuvre dans le processus d’édition tel qu’il vient d’être décrit sont libres et ouvertes. Les 3 modules développés par le PEP-UQAM (module de saisie, module de montage, module d’export InDesign) sont intégrés au sein de l’un des meilleurs systèmes de gestion de contenu (CMS) actuellement disponibles: Drupal. Cette intégration garantit au projet un maximum de sécurité, un maximum de compatibilité à moyen et long terme tant avec les formats qu’avec les pratiques, et un maximum d’évolutibilité. Drupal est un projet dont le développement est disséminé, développé par des milliers de contributeurs répartis sur la planète, qui évolue vite, et qui par ailleurs a l’avantage d’être de mieux en mieux implanté dans le secteur des universités et des bibliothèques.

“Think globally, act locally”… Plutôt que d’investir à perte dans l’achat de licences onéreuses pour des logiciels informatiques verrouillés et généralement tout à fait inadaptés aux besoins et aux usages particuliers d’un projet donné, le PEP-UQAM préfère investir dans les salaires de ressources humaines locales, et ainsi développer des savoir-faire et des expertises adaptés à ses besoins. Le choix du CMS participe de la même volonté: il y a à Montréal un grande quantité de programmeurs disponibles, spécialistes de Drupal, dont certains développent d’ailleurs des modules vitaux du CMS (par exemple le module de recherche par facettes).

Cette double orientation stratégique —modules open-source à développement disséminé, ressources humaines expertes locales— permet au PEP-UQAM de conserver, d’un bout à l’autre de son ouvrage, la pleine maîtrise de ses moyens.