Le Protocole amical: de Nietzsche à Facebook

Communication présentée dans le cadre du 5e colloque du Gerse (Groupe d’Études & de Recherches en Sémiotique des Espaces), sur le thème «Comment vivre ensemble?», sous la direction de Charles Perraton, UQÀM, octobre 2007.

Où cesse la solitude commence la place publique; et où commence la place publique commence aussi le vacarme des grands comédiens et le bourdonnement des mouches venimeuses. —Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

C’est d’abord vers une certaine conception nietzschéenne de l’amitié que nous conduit l’analyse. L’amitié, pour Nietzsche, est une «conjoie» (Mitfreude), terme qu’il oppose systématiquement à la compassion (Mitleid) issue de la charité chrétienne. L’ami se caractérise en outre par son éloignement: il est un il plutôt qu’un tu; un lointain plutôt qu’un prochain. Ce «pathos de la distance» qui travaille chez Nietzsche (comme chez Baudelaire) le rapport à l’autre s’accompagne ainsi naturellement pour l’anachorète solitaire d’une sorte de passion du milieu, ou passion de la transition, qui n’est autre que ce que Nietzsche nomme lui-même l’acédie. La deuxième partie de l’étude interroge cette notion clef dans son contexte chrétien original, et montre de quelle manière l’acédie s’oppose alors directement à la charité dans la doctrine acétique du renoncement, dont elle constitue d’une certaine manière la limite. En tant qu’expérience limite du renoncement au niveau individuel, l’acédie apparaît ainsi comme ce qui fournit à la communauté des anachorètes un critère négatif de cohésion. Corolaire de la structure disséminée propre à ce type de communauté, l’acédie fait contrepoids à la centralisation imposée d’autre part par la charité. […]

Fragment #281

Fragment #282

Fragment #274